Pèlerins et Amis de Dieu

Catholicisme & Catharisme

un même but : la pratique de la foi

(Gilles-Henri Tardy)

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Deux définitions nous sont proposées pour définir un pèlerin.

La première définit un croyant qui effectue un pèlerinage vers un lieu de dévotion. Le terme « dévot » apparaît d’une manière simultanée mais non causale avec la montée en puissance des hérésies. L'adjectif "dévot" est ainsi attesté dès le XIIe siècle, pour signifier l'attachement aux pratiques religieuse. Le pèlerin volontaire ou non se rend dans endroit tenu pour sacré selon sa religion.

La seconde définition se rapporte au sens premier du terme. Pour cela on utilise les outils qu’offrent la science de l’Etymologie qui a pour objet la recherche de l'origine des mots d'une langue donnée, et la reconstitution de l'ascendance de ces mots.

Selon les origines étymologiques, le pèlerin est l'expatrié ou l'exilé ; il est partout un étranger inconnu des hommes. L'un des rôles sociaux des monastères est d'offrir l'hospitalité aux pèlerins qui sont en difficulté.

L’étymologie étudie sinon l’origine, du moins un état, le plus ancien possible, des mots. Si on prend en compte le parcours social, sociétal et spirituel d’une population en mouvement, nous nous retrouvons face à un peuple pèlerin qui amène avec lui son histoire, ses règles, son mode de vie et ses croyances. Son but n’est pas de se rendre dans un endroit sacré mais de pratiquer sa foi en tout lieu, selon le postulat que tout endroit est sacré dès l’instant où sa dévotion va à Dieu.

Les textes premiers comme le Livre Noir des Yézidis qui se rapportent aux tablettes sumériennes, décrivent la création du monde en sept jours (nous sommes en 2022 dans l’ère yézidie 6229).  Les sémites reprendront l’étude des tablettes sumériennes lors de l’exil à Babylone et transcrirons les mêmes mythes antiques de la Création et du Déluge.

Le monothéisme depuis les Yézidis jusqu’au Message christique est un long parcours géographique à travers les millénaires et un long cheminement religieux et spirituel.

Notre propos aujourd’hui est d’évoquer la seconde définition qui se rapporte à l’étymologie mais plus encore à l’anthropologie des religions. C’est cela qui expliquera, en partie puisque nous n’aborderons pas le concept nouménal, l’émergence d’une hétérodoxie dans les Balkans au moyen-âge.

Il nous faut, toujours, revenir aux origines de chaque étape de l’évolution des pensées spirituelles qui, bien entendu, influence les pratiques mondaines.

Si les forces de la nature ont été des éléments premiers d’incompréhension et donc de peur, c’est vers les cieux que le regard des hommes et des femmes s’est tourné pour tenter d’avoir des explications et à tout le moins une aide face aux dures épreuves que connaissait alors l’humanité. Plus récemment, voici 12.000 à 6.000 ans, les populations ont commencé à vivre en société, devenant de plus en plus chasseurs-cueilleurs sédentarisés, les groupes de familles se sont constitués en tribu. Les rapports furent gérés en fonction de leur patrimoine, élément de leur survie. La protection du groupe ne pouvait venir que de ce qu’il ne pouvait atteindre : c’est-à-dire cet élément impalpable, changeant, violent parfois, bienfaisant et étrange : les cieux ! Ici, devait résider des forces plus fortes que celles de la nature sur Terre…

 

L’Ancien Testament ou l’Epopée de Gilgamesh nous décriront la Genèse qui introduit le passage du monde célestiel pré-noétique au monde spirituel, entrainant dans son sillage la tentative d’explication d’un monde à l’autre avec la symbolique de l’eau, élément baptismal de pureté, de renouveau, de reconstruction de ce monde…

 

Dans leurs livres mythiques, les Yézidis issus de Japhet, voici plus de 6500 ans décrivent la création et le « façonnage » du monde, ainsi, ils créent le Dieu unique (Xwede) qui créé le monde et qui le confit aux soins d’une Heptade de sept saints (les sept mystères).

 

Toujours descendant de Noé, issus de Sem, Abram (devenu Abraham) et plus tard les Hébreux, continuent la tradition de l’adoration du Dieu unique enseigné par Noé.

 

En Orient polythéiste, les dieux et déesses guident les actes, les bonnes fortunes et les catastrophes humaines (défaites en guerre) ou naturelles (séismes, inondations, épidémies…).

 

Ce dont il ressort de cela, c’est que la religion est partout, toujours omniprésente. Le Bien et le mal s’expliquent et la notion de Bonté prend une dimension différente selon les cultures. Il reste le concept de Beauté (que l’on peut comprendre dans le sens des arts : art de vivre, transcendance de l’intellect, les sciences, les rapports humains entre peuple, l’architecture…), ce concept est universel ; les religions l’intègreront dans leurs rituels pour adorer les dieux (architecture des temples, liturgies, cérémonials…).

 

L’hébraïsme et le christianisme n’échappent pas à ces aspects comportementaux. Seule la chrétienté d’Orient se dépouille autant que faire se peut de ces rites ancestraux. Le Christ nous l’enseigne, tel : « Si tu pries dans la rue et que tu relèves la tête, en vérité tu tiens ta récompense. Or, si tu pries fais-le dans ta chambre, loin de la foule… », « A quoi bon immoler un veau chaque année pour se faire pardonner du Père si c’est pour recommencer l’année suivante ». L’Eucharistie est devenue un sacrement pour certains alors que le geste christique est d’affirmer que la Connaissance coule en nous et que le Partage de celle-ci est essentiel.

 

Au-delà du Bien et du Mal, au-delà du manichéisme dont le paulicianisme est encore empreint avec par exemple le dit de Mani : « L’âme n’est pas punie parce qu’elle a péché mais parce qu’elle ne s’est pas repentie », c’est avec les Bogomiles que l’on commence à revenir aux sources de la chrétienté. La recherche des textes et de leurs explications non dogmatiques effectuées par les érudits bogomiles, vont introduire dans le christianisme d’Occident des approches théosophiques divergentes et entraîner des mouvements sociétaux en Bulgarie puis dans l’ensemble des Balkans. Le bogomilisme est né.

 

L’Auteur inconnu de Interrogatio Ioannis, ainsi que Jean de Lugio gardent une forte tradition paulicianiste et paulinienne. En effet, si « Le mal l’emporte dans le temps, le bien gagnera dans l’éternité », la repentance du démiurge est une condition pour certains bogomiles du retour de celui-ci au Père, mais cette approche manichéenne ne correspond pas parfaitement au Message christique puisque Dieu est le Bien. Dieu ne connaît pas le Mal et ne peut s’opposer au Mal, par ailleurs Christ nous dit (par l’intermédiaire de Paul) : « Tu ne jugeras point ». Comment Dieu, pourrait-il, dès lors, juger (ce que le dieu de l’Ancien Testament ne manque pas de faire et que les cathares réfutent) et demander un repentir qui effacerait la faute. Dieu, étant le Bien suprême ne peut que pardonner et pour aller plus loin en cela, « avant même que la faute soit consommée, elle est consumée… elle est pardonnée ». Le dit de Mani ne tient donc pas sa place dans les écritures et la reprise comme explication d’une repentance du démiurge dans Interrogatio Ioannis non plus.

 

Toutefois, évoquer une possible règle qui prendrait ainsi place dans la cosmogonie célestielle, c’est offrir un exemple d’un « possible à venir ». Cet exemple, doit alors nous interpeller ; ainsi n’attendons pas la « remise de peine » que nous offrirait la grâce du Père : agissons dès l’instant pour que la faute n’apparaisse pas et si celle-ci est consommée, faisons en sorte qu’elle soit réparée par nous-même, au besoin avec l’aide de la prière et de notre proche entourage. C’est en cela que nous pouvons voir un repentir positif.

 

A travers cet exemple de la faute et de la compréhension du repentir, nous devons comprendre que toutes les religions nous guident ; le bogomilisme mais plus encore le catharisme, affine cette approche vers le monde spirituel.

Un pèlerinage à Montségur reste un devoir de mémoire.